
Par Saxleo le 11/02/2002
Le micro (II)
Je crois que le plus important est le placement du ou des micros. Saviez vous
que pour certaines prises de son de guitaristes, on utilise parfois jusqu'à
5 micros, que l'on place parfois un micro dans le dos d'un musicien, qu'un grand
batteur passa 3 heures de studio a des prix prohibitifs l'heure pour placer
un micro sur une caisse claire ?
Je me contenterai de parler de 3 cas. Le chanteur, le saxophoniste (et équivalents
: clarinette, flûtes, etc), le trompettiste (trombone, tuba etc). J'ai choisi
ces cas car chacun possède ses difficultés dans la chaîne acoustique.
Le positionnement du micro
pour
un chanteur est relativement simple. Il doit être bien haut. C'est pour cela
que l'on voit souvent le micro à l'envers et bien en face de la bouche du chanteur.
La proximité est "logique" par rapport à nos oreilles :
- Entre 40 à 100 cm pour les chanteurs plutôt classiques.
- Entre 10 et 40 cm pour les chanteurs modernes. Pour ces derniers on mettra
un filtre nommé anti-pop. Il s'agit d'un feuille de tissus très fine qui non
seulement évite de postillonner sur les micros à 25 000 francs, mais, aussi,
commence à éliminer les bruits de bouches et les p (pop!).
On peut aussi ajouter une parabolique à 40/60 cm du chanteur. Cette parabolique
permet de réfléchir vers le micro une partie du son. Il donne une impression
de coffre. Le son parait plus plein. Contrepartie : il peut perdre sa partie
cristalline. Ce système est très utilisé dans le cinéma (micro très en haut
et loin) ou dans les interviews programmés dans les prises extérieures où le
son se perd très rapidement. Mise à part les petits trucs de chacun, la position
est assez standard. Moi, par exemple je mets un pupitre devant le chanteur.
Celui-ci s'accroche au pupitre. Ainsi je n'ai jamais de problème de variation
de distance. C'est simple, mais ça marche.
Le positionnement du micro pour un saxo, en revanche, pose problème. D'abord
parce que l'instrument est complexe. Cela peut aller du très faible (un souffle)
à la sirène de la mairie. Ensuite parce qu'avec une note, la fondamentale, vous
avez autant d'harmoniques que de spots de pub sur une chaîne privée à 20 heures
! Ensuite parce que la propriété du son du saxo change beaucoup entre les notes
aigus et les graves (sans parler des harmoniques). Ensuite, parce que le son
d'un saxo sort par tous les trous (les graves en haut, les aigus en bas). Enfin,
parce que les saxophonistes bougent énormément lorsqu'ils "s'émotionnent" lors
d'un solo sans s'en rendre compte - en partie pour les problèmes de retour dont
nous avons parlé. Il n'y donc pas, contrairement au chanteur, de standard. Cela
étant, je voudrais vous faire profiter des longues années d'expérience que j'ai
acquise dans ce domaine particulier.
Saxo
soprano (idem que clarinette, flûte) : le micro doit être placé au
dessus de l'instrument. C'est vrai que ce n'est pas trop pratique pour le musicien
mais, en général, celui-ci sait que c'est la seule méthode pour que son instrument
ne sorte pas avec un son agressif. Si l'on possède 2 micros, on pourra rajouter
le second en bout de pavillon. Une autre méthode (que l'on voit en concert avec
les micros portables) est de placer les 2 micros au dessus de l'instrument (SD
system utilise cette méthode) - voir Bill Evans.
Saxo ténor : pour le rock, on placera le micro dans le pavillon (heu... tout
est relatif). Pour les autres musiques, on éloignera le micro mais toujours
bien dans l'axe. Ne vous embêtez pas trop non plus, curieusement pour ce saxo,
l'équaliseur récupère beaucoup de choses. Reste que les notes de si et si bémol
grave nécessitent encore au professionnel de s'éloigner légèrement du micro.
Saxo alto :
aucune règle générale. C'est selon moi, le plus difficile. En
général je le mets 15 cm dans l'axe du pavillon mais légèrement au dessus et
incliné vers le centre imaginaire du cercle de ce pavillon. Attention, c'est
une opinion et j'ai effectué aussi des enregistrements en plaçant le micro en
triangle isocèle entre le pavillon et la clé d'ut.
- photos: De "moderne" au plus "jazz" -
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Pour la trompette, le positionnement du micro ne pose pas de problème majeur
puisque tout le son sort du pavillon. En revanche, la distance est un vrai casse
tête chinois. Trop près, on sature même si le micro et le compresseur sont encore
dans les puissances admissibles. Trop loin, on perd le souffle de l'instrumentiste
- pas seulement ce souffle génial de Monsieur Davis mais aussi l'impression
claire et caractéristique de l'instrument. Saviez vous que Monsieur Armstrong
(alias pops) jouait à trois mètres du micro. Un autre génie, Monsieur Rudy van
Gelber, ingénieur du son de Blue Note, positionnait le micro entre 70 cm et
un mètre. Ecoutez donc Kind of Blue de Miles chez Blue Note et vous entendrez
ce qu'est une prise de son de trompette...
Aujourd'hui, les micros et surtout les compresseurs sont tellement performants,
que l'on peut beaucoup plus rapprocher le micro. Cela étant le pop de l'attaque
de note sera toujours plus amplifié qu'en écoute directe donc une distance de
moins de 20/30 cm reste impensable en studio.
Encore une chose : quelque soit l'instrument, on se méfiera beaucoup du retour
casque. Même de grands professionnels se sont fait piéger.


